This post has been edited by Bolide_fou: 29 juin 2006 - 13:09
Eurovision il piquait mes chanson
#52
Posted 27 mai 2006 - 10:13
CITATION
Médiatiques
Drucker malade du heavy metal
par Daniel SCHNEIDERMANN
QUOTIDIEN : vendredi 26 mai 2006
Il aura fallu près de quarante ans, et cinq présidents de la Ve République, pour découvrir enfin une aversion de Michel Drucker : le hard rock. Funeste Eurovision. Le druckerisme, jusqu'à ce soir-là, était l'art de plaire à tout le monde, sans toutefois déplaire à quiconque. Plaire aux jeunes, mais ne pas déplaire aux vieux. Ne pas déplaire aux citadins, mais sans braquer les ruraux. Etre aimé du patron comme de l'ouvrier. Quarante ans de métier, ou presque. Et, soudain, cette funeste soirée. Tout avait pourtant bien commencé. Chanteurs et chanteuses se succédaient sans heurts. On arriva à la candidate grecque. «Une véritable tragédie grecque. Nous sommes en larmes», conclut Drucker, calé sur son registre du premier degré et demi, posture commode qui permet de plaire aux amateurs de premier degré, sans toutefois être rejeté par les adeptes du second.
Arriva enfin la Finlande. Maudite Finlande. «Un tiers du pays au-dessus du cercle polaire», lut Drucker. La Finlande avait délégué à l'Eurovision un groupe de heavy metal. Musiciens grimés en monstres, haches brandies, net décalage avec les artistes qui précédaient et qui suivaient. Ce fut un festival, de Drucker et de son coanimateur Claudy Siar. «Eloignez les enfants du poste, ils vont faire des cauchemars. J'imaginais pas les Lapons comme ça. Ils seront au zoo de Vincennes à la rentrée.» Et cette prophétie, du coanimateur : «La Finlande n'a jamais gagné l'Eurovision. C'est pas avec ça qu'ils gagneront.»
Mais ce n'était encore rien. C'est ensuite, pendant le dépouillement des résultats, que le duo dégringola. ì interminable montée aux enfers de la Finlande, vers les sommets du classement. Il fallait les entendre, les deux désespérés, alors que les monstres finlandais (qui allaient finir par remporter la compétition) empochaient les voix par paquets de douze. Surprenant ! Pas possible ! Attendez ! Le gag de la soirée ! En cette année de la francophonie ! Michel, à votre avis, ça va arriver chez nous ? Je ne sais plus. A ce stade je ne sais plus. On n'est plus dans le coup. Michel, je vous laisse fermer la boutique. J'imagine leur tournée de promotion sur les plateaux de télévision européens. S'ils gagnent, il faudra les recevoir, Michel, n'est-ce pas. Oui, j'arriverai avec ma hache, hein ? Il faudra une sécurité particulière. Et Drucker de conclure : «Ce show fabuleux qui va être remporté par... du hard rock. Ha ha ha. Je vais le faire écouter à ma chienne, qui va devenir dingue.»
Ces rires de Michel Drucker. Imperceptiblement, on glissait des sarcasmes vers quelque chose qui ressemblait à une négation haineuse. Comme si un non-groupe, un non-genre, une non-musique, une non-chanson, pouvait remporter le show fabuleux. Imperceptiblement, comme surpris lui-même de l'aventure, Drucker explorait ce registre nouveau pour lui : la détestation, le trouble désir de salir. Même sans être particulièrement amateur de heavy metal, on restait pantois devant cet étrange écroulement. On avait envie de lui glisser : ce n'est que l'Eurovision, Michel ! Ce n'est qu'une chanson, des masques de carton-pâte, quelques accords qu'emportera le petit matin, rien d'autre qu'un Halloween de printemps. Mais on n'était plus dans une émission de variétés. On était dans la stupeur, la panique de l'écroulement d'un monde. Une sorte d'effondrement en direct de la télé de papy, quelque part entre la chute de l'empire romain et celle de Byzance. Les barbares sont dans la cité, les loups sont entrés dans Paris, de Croatie, de Germanie. Et tout d'un coup, l'irruption de ces monstres aux masques terrifiants faisait apparaître en creux l'implacable violence, depuis quarante ans, du formatage druckerien (Johnny, Dion, Gerra, Obispo, Pagny et les autres) de la variété télévisée. C'était comme si tous les exclus des plateaux druckeriens, toutes les voix des catacombes, tous les rejetés de la télé, soudain surgissaient des limbes pour venir l'entourer de leurs cris et de leurs grincements.
Au-delà de cet instant de saisissement, cette victoire des rockers finlandais et l'effroi druckerien convoquaient des souvenirs confus. On se souvenait par exemple, l'an dernier à la même époque, lors de la campagne du référendum sur l'Europe, de la douloureuse irruption du non des profondeurs, d'un non sauvage, sans concession, venu des tripes, dans le brillant piapia des petits marquis du oui. Ou des cris de colère des jeunes exclus face à un Chirac sourd, dans une mémorable émission de TF1 lors du référendum. Comme il est rude et rugueux, le monde extérieur, au-delà du limes qui tente de le contenir !
Dans les sarcasmes de Drucker et Siar à l'égard du heavy metal, apparaissait aussi l'écho d'une certaine arrogance française. On croyait par exemple réentendre Delanoë accusant Blair d'avoir triché après l'échec de la candidature parisienne aux JO. Et, en creusant plus loin encore dans l'obscène autosatisfaction française, la sûreté de soi des généraux de 40, bien à l'abri de la ligne Maginot. Soudain, on se sentait une petite province du monde, racornie et frileuse. Ce sont tous ces souvenirs que charriaient les phrases en suspension de Michel Drucker. On avait envie de voter Finlande comme certains électeurs peuvent être tentés de glisser un bulletin Le Pen : non parce qu'ils l'aiment particulièrement cela, mais en pensant avec jubilation à tous ceux que cela va embêter.
Drucker malade du heavy metal
par Daniel SCHNEIDERMANN
QUOTIDIEN : vendredi 26 mai 2006
Il aura fallu près de quarante ans, et cinq présidents de la Ve République, pour découvrir enfin une aversion de Michel Drucker : le hard rock. Funeste Eurovision. Le druckerisme, jusqu'à ce soir-là, était l'art de plaire à tout le monde, sans toutefois déplaire à quiconque. Plaire aux jeunes, mais ne pas déplaire aux vieux. Ne pas déplaire aux citadins, mais sans braquer les ruraux. Etre aimé du patron comme de l'ouvrier. Quarante ans de métier, ou presque. Et, soudain, cette funeste soirée. Tout avait pourtant bien commencé. Chanteurs et chanteuses se succédaient sans heurts. On arriva à la candidate grecque. «Une véritable tragédie grecque. Nous sommes en larmes», conclut Drucker, calé sur son registre du premier degré et demi, posture commode qui permet de plaire aux amateurs de premier degré, sans toutefois être rejeté par les adeptes du second.
Arriva enfin la Finlande. Maudite Finlande. «Un tiers du pays au-dessus du cercle polaire», lut Drucker. La Finlande avait délégué à l'Eurovision un groupe de heavy metal. Musiciens grimés en monstres, haches brandies, net décalage avec les artistes qui précédaient et qui suivaient. Ce fut un festival, de Drucker et de son coanimateur Claudy Siar. «Eloignez les enfants du poste, ils vont faire des cauchemars. J'imaginais pas les Lapons comme ça. Ils seront au zoo de Vincennes à la rentrée.» Et cette prophétie, du coanimateur : «La Finlande n'a jamais gagné l'Eurovision. C'est pas avec ça qu'ils gagneront.»
Mais ce n'était encore rien. C'est ensuite, pendant le dépouillement des résultats, que le duo dégringola. ì interminable montée aux enfers de la Finlande, vers les sommets du classement. Il fallait les entendre, les deux désespérés, alors que les monstres finlandais (qui allaient finir par remporter la compétition) empochaient les voix par paquets de douze. Surprenant ! Pas possible ! Attendez ! Le gag de la soirée ! En cette année de la francophonie ! Michel, à votre avis, ça va arriver chez nous ? Je ne sais plus. A ce stade je ne sais plus. On n'est plus dans le coup. Michel, je vous laisse fermer la boutique. J'imagine leur tournée de promotion sur les plateaux de télévision européens. S'ils gagnent, il faudra les recevoir, Michel, n'est-ce pas. Oui, j'arriverai avec ma hache, hein ? Il faudra une sécurité particulière. Et Drucker de conclure : «Ce show fabuleux qui va être remporté par... du hard rock. Ha ha ha. Je vais le faire écouter à ma chienne, qui va devenir dingue.»
Ces rires de Michel Drucker. Imperceptiblement, on glissait des sarcasmes vers quelque chose qui ressemblait à une négation haineuse. Comme si un non-groupe, un non-genre, une non-musique, une non-chanson, pouvait remporter le show fabuleux. Imperceptiblement, comme surpris lui-même de l'aventure, Drucker explorait ce registre nouveau pour lui : la détestation, le trouble désir de salir. Même sans être particulièrement amateur de heavy metal, on restait pantois devant cet étrange écroulement. On avait envie de lui glisser : ce n'est que l'Eurovision, Michel ! Ce n'est qu'une chanson, des masques de carton-pâte, quelques accords qu'emportera le petit matin, rien d'autre qu'un Halloween de printemps. Mais on n'était plus dans une émission de variétés. On était dans la stupeur, la panique de l'écroulement d'un monde. Une sorte d'effondrement en direct de la télé de papy, quelque part entre la chute de l'empire romain et celle de Byzance. Les barbares sont dans la cité, les loups sont entrés dans Paris, de Croatie, de Germanie. Et tout d'un coup, l'irruption de ces monstres aux masques terrifiants faisait apparaître en creux l'implacable violence, depuis quarante ans, du formatage druckerien (Johnny, Dion, Gerra, Obispo, Pagny et les autres) de la variété télévisée. C'était comme si tous les exclus des plateaux druckeriens, toutes les voix des catacombes, tous les rejetés de la télé, soudain surgissaient des limbes pour venir l'entourer de leurs cris et de leurs grincements.
Au-delà de cet instant de saisissement, cette victoire des rockers finlandais et l'effroi druckerien convoquaient des souvenirs confus. On se souvenait par exemple, l'an dernier à la même époque, lors de la campagne du référendum sur l'Europe, de la douloureuse irruption du non des profondeurs, d'un non sauvage, sans concession, venu des tripes, dans le brillant piapia des petits marquis du oui. Ou des cris de colère des jeunes exclus face à un Chirac sourd, dans une mémorable émission de TF1 lors du référendum. Comme il est rude et rugueux, le monde extérieur, au-delà du limes qui tente de le contenir !
Dans les sarcasmes de Drucker et Siar à l'égard du heavy metal, apparaissait aussi l'écho d'une certaine arrogance française. On croyait par exemple réentendre Delanoë accusant Blair d'avoir triché après l'échec de la candidature parisienne aux JO. Et, en creusant plus loin encore dans l'obscène autosatisfaction française, la sûreté de soi des généraux de 40, bien à l'abri de la ligne Maginot. Soudain, on se sentait une petite province du monde, racornie et frileuse. Ce sont tous ces souvenirs que charriaient les phrases en suspension de Michel Drucker. On avait envie de voter Finlande comme certains électeurs peuvent être tentés de glisser un bulletin Le Pen : non parce qu'ils l'aiment particulièrement cela, mais en pensant avec jubilation à tous ceux que cela va embêter.
#53
Posted 27 mai 2006 - 11:09
Une chose est sure : ça fait longtemps qu' l' Eurovision n'avait pas fait autant couler d'encre...
CITATION
Eurovision d’horreur pour Michel Drucker !
La finale 2006 de l’Eurovision est remportée par un groupe d’orques finlandais tout droit sortis des entrailles du Mordor. Pendant ce temps-là, la France et sa prestation formatée France 3 finissent 22e sur 24... Sous les commentaires ébahis de Michel Drucker et Claudi Siar. Et s’il était temps d’ouvrir les yeux sur le monde?
1977... Date de la dernière victoire de la France au concours Eurovision. Le 20 mai 2006, à Athènes, Michel Drucker et Claudi Siar, chargés de commenter la finale du concours européen de la chanson sur France 3, semblent croire à la candidature française. A minima, ils font leur travail, en faisant semblant d’y croire... Logique chauvine, protectionnisme culturel, caressage d’audience dans le sens du poil. Dans une envolée d’enthousiasme ardent, Claudi Siar se laisse même aller à espérer que Virginie Pouchain, l’heureuse élue chargée de représenter la France, finira dans les cinq premiers, «pour clouer le bec aux détracteurs de Corneille et de Pascal Sevran». La candidate française a en effet été repérée par l’animateur de feu "La chance aux chansons", puis élue par les téléspectateurs de France 3 parmi une sélection d’une vingtaine d’autres candidats, et elle interprète une chanson écrite par Corneille.
Tour d’Europe en chansons.
Aux alentours de 21h, le concours commence; la Suisse ouvre le bal. Les prestations, du très classique au franchement original, s’enchaînent. Parmi les performances qui sortent des sentiers battus de la pop gentille et de la variété un peu kitsch dite «style Eurovision», par niveau d’audace croissant, on note les cow-boys allemands, le rap mêlé de choeurs féminins du Royaume-Uni, le déjanté et fort rafraîchissant We are the winners (of Eurovision) de la Lituanie (qui se venge ainsi de son zéro pointé de l’édition 2005), et enfin le ténébreux Hard Rock Hallelujah du groupe de heavy metal finlandais Lordi.
Particularité de ce dernier candidat, outre son style musical encore jamais vu sur une scène de l’Eurovision, les membres du groupe semblent tout droit sortis des entrailles du Mordor. Le chanteur est une sorte d’orque de deux mètres, arborant un microphone-hache de combat, et portant des genouillères représentant des crânes dont les yeux s’allument en rouge. Commentaire condescendant de Michel Drucker à la fin de la prestation de Lordi: «La Finlande n’a jamais gagné l’Eurovision. Eh bien, c’est pas avec ça qu’elle va gagner!» Ouverture d’esprit et tolérance culturelle: bienvenue sur le service public façon Michel Drucker.
Vingt-quatre chansons plus tard, le traditionnel tour d’Europe des résultats commence. Chacun à son tour, les représentants des bureaux de vote nationaux donnent leurs résultats. A mi-chemin, le groupe de monstres finlandais est en tête, avec une avance assez confortable sur le second; la France est dernière, ex-aequo avec Malte et Israël, avec zéro point.
Les monstres venus du froid.
Il est presque minuit quand le résultat complet et définitif est annoncé: c’est bien Lordi, le candidat le plus éloigné des sentiers battus, qui l’emporte haut la main. La France termine 22e.
En bons commentateurs chargés de frotter le téléspectateur cible de la chaîne dans le sens du poil, ils sont pris au piège de leur logique initiale de chauvinisme, et de dénigrement de ce qui est différent. «Je ne sais pas s’ils vont vendre beaucoup de disques, mais en tout cas pas en France»; «Ils seront au zoo de Vincennes cet automne»...
Sauf à admettre leurs erreurs, les deux comparses n’ont d’autre piste que de persévérer: il ne faudrait surtout pas concéder que la prestation finlandaise a été meilleure, selon le seul critère qui fait foi dans le concours, à savoir la capacité à séduire les téléspectateurs européens.
Il ne faudrait surtout pas admettre qu’un style musical généralement exclu des canaux médiatiques grand public ait pu damer le pion à la blanche colombe envoyée par Pascal Sevran, grand manitou de la chanson dominicale sur France 2.
Il ne faudrait surtout pas s’ouvrir, en 2006, à un courant musical qui existe depuis des années.
Ce qui semble différent doit être rejeté.
Il ne faudrait surtout pas admettre qu’un groupe d’apparence monstrueuse et repoussante puisse avoir quelque chose d’intéressant à proposer. Après tout, ce sont des monstres, ils sont laids! Avec des têtes pareilles, ils ont sûrement quelque chose à se reprocher... Dans leur vie de tous les jours, ce sont sûrement des criminels. Et s’ils étaient mentalement dérangés?
Dans une interview donnée après sa victoire, le groupe Lordi déclare: «Pour la millionième fois, nous ne sommes ni des satanistes, ni des adorateurs du diable. C’est du divertissement. Les masques sont comme notre carte de visite et on ne jouera jamais sur scène sans eux. Ce serait comme le Père Noël qui offre ses cadeaux à un enfant, puis qui enlèverait sa barbe en disant "Au fait, je suis ton père... "»
Pour Michel Drucker et ses fidèles, c’est gentil d’avoir précisé: sur une chaîne du service public de la République française, on n’est en effet pas capables d’aller au-delà des apparences. La différence est une tare, et il est préférable de se moquer plutôt que de chercher à comprendre ce que l’autre cherche à faire ou à dire. Heureusement, un peu plus tôt dans la soirée, Michel Drucker nous avait rassuré sur son ouverture d’esprit: «Sur le service public on aime la culture, d’ailleurs ce matin nous avons visité l’Acropole...» Ouf! Un peu plus et on rangeait Michel Drucker dans la case des présentateurs totalement dépassés par les évolutions artistiques et culturelles modernes.
«C’est du divertissement».
Au-delà des commentaires puérils des deux présentateurs (commentaires qui ont tout de même généré une pétition de protestation qui a déjà récolté plus de 8500 signatures, moins de 48 heures après les faits), c’est toute l’attitude collective d’un système qui est à déplorer. Un système français incapable de se remettre en question; une machine à perdre tellement bien huilée et entraînée par des années de pratique qu’elle est dans l’impossibilité de voir ce qui ne va pas.
Le divertissement... Et si c’était tout ce qui importe pour l’Eurovision? Et si ce que voulaient les téléspectateurs, seuls juges de ce qui doit gagner et perdre, c’était une chanson, une musique et une mise en scène qui les séduisent immédiatement? Quelque chose qui les entraîne dès les premières secondes, qui les scotche devant leur écran, qui leur offre un spectacle audiovisuel de trois minutes qu’ils n’auront pas oublié le lendemain matin? «C’est la victoire du rock et de l’ouverture d’esprit. C’est aussi la preuve qu’il n’y a pas que la pop et les ballades», déclare le chanteur groupe Lordi. Un monstre plus tolérant et lucide que Michel Drucker? Vous n’y pensez pas!
Non, impossible. Pourquoi les gens voudraient-ils s’amuser? Pourquoi voudraient-ils quelque chose d’imprévisible, de hors du commun, de bizarre, d’original, de nouveau? Ne surtout pas se remettre en question. Continuer chaque année à envoyer à peu près la même chose, une ballade à texte, dans le plus pur style dit «variétés françaises» passé au filtre France 2 - France 3 tendance Pascal Sevran. Pas de rock, pas de rap, pas de ces musiques de sauvages; préférer une musique acoustique, pas de guitare électrique, ça consomme trop, et si possible pas de batterie pour ne pas réveiller tout le monde. De la sobriété, du sérieux, du traditionnel. Et surtout pas de texte en anglais. La France tient à son image, on ne rigole pas à l’Eurovision, nous. On est là pour émouvoir 150 millions de téléspectateurs, nous.
Une étude récente réalisée auprès d’un panel de 6000 personnes par le site Internet Where Are You Now indique que les Français sont perçus comme le peuple le plus ennuyeux du monde. Démonstration réussie lors de cette 51e édition de l’Eurovision.
http://www.agoravox.fr
La finale 2006 de l’Eurovision est remportée par un groupe d’orques finlandais tout droit sortis des entrailles du Mordor. Pendant ce temps-là, la France et sa prestation formatée France 3 finissent 22e sur 24... Sous les commentaires ébahis de Michel Drucker et Claudi Siar. Et s’il était temps d’ouvrir les yeux sur le monde?
1977... Date de la dernière victoire de la France au concours Eurovision. Le 20 mai 2006, à Athènes, Michel Drucker et Claudi Siar, chargés de commenter la finale du concours européen de la chanson sur France 3, semblent croire à la candidature française. A minima, ils font leur travail, en faisant semblant d’y croire... Logique chauvine, protectionnisme culturel, caressage d’audience dans le sens du poil. Dans une envolée d’enthousiasme ardent, Claudi Siar se laisse même aller à espérer que Virginie Pouchain, l’heureuse élue chargée de représenter la France, finira dans les cinq premiers, «pour clouer le bec aux détracteurs de Corneille et de Pascal Sevran». La candidate française a en effet été repérée par l’animateur de feu "La chance aux chansons", puis élue par les téléspectateurs de France 3 parmi une sélection d’une vingtaine d’autres candidats, et elle interprète une chanson écrite par Corneille.
Tour d’Europe en chansons.
Aux alentours de 21h, le concours commence; la Suisse ouvre le bal. Les prestations, du très classique au franchement original, s’enchaînent. Parmi les performances qui sortent des sentiers battus de la pop gentille et de la variété un peu kitsch dite «style Eurovision», par niveau d’audace croissant, on note les cow-boys allemands, le rap mêlé de choeurs féminins du Royaume-Uni, le déjanté et fort rafraîchissant We are the winners (of Eurovision) de la Lituanie (qui se venge ainsi de son zéro pointé de l’édition 2005), et enfin le ténébreux Hard Rock Hallelujah du groupe de heavy metal finlandais Lordi.
Particularité de ce dernier candidat, outre son style musical encore jamais vu sur une scène de l’Eurovision, les membres du groupe semblent tout droit sortis des entrailles du Mordor. Le chanteur est une sorte d’orque de deux mètres, arborant un microphone-hache de combat, et portant des genouillères représentant des crânes dont les yeux s’allument en rouge. Commentaire condescendant de Michel Drucker à la fin de la prestation de Lordi: «La Finlande n’a jamais gagné l’Eurovision. Eh bien, c’est pas avec ça qu’elle va gagner!» Ouverture d’esprit et tolérance culturelle: bienvenue sur le service public façon Michel Drucker.
Vingt-quatre chansons plus tard, le traditionnel tour d’Europe des résultats commence. Chacun à son tour, les représentants des bureaux de vote nationaux donnent leurs résultats. A mi-chemin, le groupe de monstres finlandais est en tête, avec une avance assez confortable sur le second; la France est dernière, ex-aequo avec Malte et Israël, avec zéro point.
Les monstres venus du froid.
Il est presque minuit quand le résultat complet et définitif est annoncé: c’est bien Lordi, le candidat le plus éloigné des sentiers battus, qui l’emporte haut la main. La France termine 22e.
En bons commentateurs chargés de frotter le téléspectateur cible de la chaîne dans le sens du poil, ils sont pris au piège de leur logique initiale de chauvinisme, et de dénigrement de ce qui est différent. «Je ne sais pas s’ils vont vendre beaucoup de disques, mais en tout cas pas en France»; «Ils seront au zoo de Vincennes cet automne»...
Sauf à admettre leurs erreurs, les deux comparses n’ont d’autre piste que de persévérer: il ne faudrait surtout pas concéder que la prestation finlandaise a été meilleure, selon le seul critère qui fait foi dans le concours, à savoir la capacité à séduire les téléspectateurs européens.
Il ne faudrait surtout pas admettre qu’un style musical généralement exclu des canaux médiatiques grand public ait pu damer le pion à la blanche colombe envoyée par Pascal Sevran, grand manitou de la chanson dominicale sur France 2.
Il ne faudrait surtout pas s’ouvrir, en 2006, à un courant musical qui existe depuis des années.
Ce qui semble différent doit être rejeté.
Il ne faudrait surtout pas admettre qu’un groupe d’apparence monstrueuse et repoussante puisse avoir quelque chose d’intéressant à proposer. Après tout, ce sont des monstres, ils sont laids! Avec des têtes pareilles, ils ont sûrement quelque chose à se reprocher... Dans leur vie de tous les jours, ce sont sûrement des criminels. Et s’ils étaient mentalement dérangés?
Dans une interview donnée après sa victoire, le groupe Lordi déclare: «Pour la millionième fois, nous ne sommes ni des satanistes, ni des adorateurs du diable. C’est du divertissement. Les masques sont comme notre carte de visite et on ne jouera jamais sur scène sans eux. Ce serait comme le Père Noël qui offre ses cadeaux à un enfant, puis qui enlèverait sa barbe en disant "Au fait, je suis ton père... "»
Pour Michel Drucker et ses fidèles, c’est gentil d’avoir précisé: sur une chaîne du service public de la République française, on n’est en effet pas capables d’aller au-delà des apparences. La différence est une tare, et il est préférable de se moquer plutôt que de chercher à comprendre ce que l’autre cherche à faire ou à dire. Heureusement, un peu plus tôt dans la soirée, Michel Drucker nous avait rassuré sur son ouverture d’esprit: «Sur le service public on aime la culture, d’ailleurs ce matin nous avons visité l’Acropole...» Ouf! Un peu plus et on rangeait Michel Drucker dans la case des présentateurs totalement dépassés par les évolutions artistiques et culturelles modernes.
«C’est du divertissement».
Au-delà des commentaires puérils des deux présentateurs (commentaires qui ont tout de même généré une pétition de protestation qui a déjà récolté plus de 8500 signatures, moins de 48 heures après les faits), c’est toute l’attitude collective d’un système qui est à déplorer. Un système français incapable de se remettre en question; une machine à perdre tellement bien huilée et entraînée par des années de pratique qu’elle est dans l’impossibilité de voir ce qui ne va pas.
Le divertissement... Et si c’était tout ce qui importe pour l’Eurovision? Et si ce que voulaient les téléspectateurs, seuls juges de ce qui doit gagner et perdre, c’était une chanson, une musique et une mise en scène qui les séduisent immédiatement? Quelque chose qui les entraîne dès les premières secondes, qui les scotche devant leur écran, qui leur offre un spectacle audiovisuel de trois minutes qu’ils n’auront pas oublié le lendemain matin? «C’est la victoire du rock et de l’ouverture d’esprit. C’est aussi la preuve qu’il n’y a pas que la pop et les ballades», déclare le chanteur groupe Lordi. Un monstre plus tolérant et lucide que Michel Drucker? Vous n’y pensez pas!
Non, impossible. Pourquoi les gens voudraient-ils s’amuser? Pourquoi voudraient-ils quelque chose d’imprévisible, de hors du commun, de bizarre, d’original, de nouveau? Ne surtout pas se remettre en question. Continuer chaque année à envoyer à peu près la même chose, une ballade à texte, dans le plus pur style dit «variétés françaises» passé au filtre France 2 - France 3 tendance Pascal Sevran. Pas de rock, pas de rap, pas de ces musiques de sauvages; préférer une musique acoustique, pas de guitare électrique, ça consomme trop, et si possible pas de batterie pour ne pas réveiller tout le monde. De la sobriété, du sérieux, du traditionnel. Et surtout pas de texte en anglais. La France tient à son image, on ne rigole pas à l’Eurovision, nous. On est là pour émouvoir 150 millions de téléspectateurs, nous.
Une étude récente réalisée auprès d’un panel de 6000 personnes par le site Internet Where Are You Now indique que les Français sont perçus comme le peuple le plus ennuyeux du monde. Démonstration réussie lors de cette 51e édition de l’Eurovision.
#55
Posted 27 mai 2006 - 18:40
CITATION
Dans les sarcasmes de Drucker et Siar à l'égard du heavy metal, apparaissait aussi l'écho d'une certaine arrogance française. On croyait par exemple réentendre Delanoë accusant Blair d'avoir triché après l'échec de la candidature parisienne aux JO. Et, en creusant plus loin encore dans l'obscène autosatisfaction française, la sûreté de soi des généraux de 40, bien à l'abri de la ligne Maginot. Soudain, on se sentait une petite province du monde, racornie et frileuse. Ce sont tous ces souvenirs que charriaient les phrases en suspension de Michel Drucker. On avait envie de voter Finlande comme certains électeurs peuvent être tentés de glisser un bulletin Le Pen : non parce qu'ils l'aiment particulièrement cela, mais en pensant avec jubilation à tous ceux que cela va embêter.
Mais oui Daniel mais oui, tu as un sans-fil non ?
Reviens on a les mêmes à la maison.
#56
Posted 27 mai 2006 - 18:45
J'avais pas lu jusque là ! Daniel il est au taquet
Mais c'est quoi cette histoire d'Etat pour des moqueries sur un groupe de has been qui font de la merde ? On rigole bien aussi en se foutant des rappeurs dans leurs pyjamas et leurs casquette de routiers et ça fait pas autant de bruit.
Mais c'est quoi cette histoire d'Etat pour des moqueries sur un groupe de has been qui font de la merde ? On rigole bien aussi en se foutant des rappeurs dans leurs pyjamas et leurs casquette de routiers et ça fait pas autant de bruit.
#57
Posted 31 mai 2006 - 21:07
Je reviens d'un petit séjour dans la campagne bretonne et paumée, chez la mémé de mon amie.
Donc évidemment, on a sagement maté l'eurovision, avec papi, mamie, papa, maman et meme le chien. Et franchement la victoire de ce groupe ça me pose un problème : depuis quand les métalleux regardent l'eurovision ? Ou mêmes les jeunes ? Ou les originaux ? Enfin qu'ils matent, je peux concevoir, mais qu'ils votent !!!!!!
En tout cas on s'en est toujours pas remis...
Donc évidemment, on a sagement maté l'eurovision, avec papi, mamie, papa, maman et meme le chien. Et franchement la victoire de ce groupe ça me pose un problème : depuis quand les métalleux regardent l'eurovision ? Ou mêmes les jeunes ? Ou les originaux ? Enfin qu'ils matent, je peux concevoir, mais qu'ils votent !!!!!!
En tout cas on s'en est toujours pas remis...
#58
Posted 31 mai 2006 - 21:26
un groupe de has been qui font de la merde ?
dis simplement que t'aimes pas... perso, j'aime beaucoup ce groupe et je pense que tu réagirais comme moi si je disais que les artistes que tu écoutes sont des "hydrocéphales abatardis tout comme leur public"...
alors voilà, dis simplement "j'aime pas".
merci ! :smileJap:
Tu peux rester. Pas de problème. J'suis même content qu'tu sois venu chez nous. J'aimerais bien qu'tu restes. On va manger... des CHIPS. T'entends ?
#60
Posted 07 mars 2008 - 18:35
CITATION
Après des rumeurs, c'est à présent officiel : alors que Tina Arena ou bien encore Laam étaient d'abord pressenties, c'est bien Sébastien Tellier qui sera chargé de représenter la France au prochain concours de l'Eurovision, le 24 mai prochain en plein Belgrade. C'est la chanson Divine qui aura la lourde tâche de sublimer le jury du monde entier.
Avec son look de dandy barbu complètement surréaliste comme si Chabal rencontrait Daft Punk, Sébastien Tellier a toutes les chances pour s'imposer, si l'on en juge son côté OVNI qui semble plaire aux différents jurys ces dernières années (remember Lordi).
Son dernier album en date Sexuality (en collaboration avec le Daft Punk Guy-Manuel de Homem Christo), salué par la critique est actuellement en 33e position des ventes d'albums à peine un mois après sa sortie.
Avec son look de dandy barbu complètement surréaliste comme si Chabal rencontrait Daft Punk, Sébastien Tellier a toutes les chances pour s'imposer, si l'on en juge son côté OVNI qui semble plaire aux différents jurys ces dernières années (remember Lordi).
Son dernier album en date Sexuality (en collaboration avec le Daft Punk Guy-Manuel de Homem Christo), salué par la critique est actuellement en 33e position des ventes d'albums à peine un mois après sa sortie.

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